
(Image générée par IA avec Nano Banana de Gemini – en hommage à Norman Rockwell)
L’intelligence artificielle générative s’invite de plus en plus dans les communications visuelles : visuels pour les réseaux sociaux, images photoréalistes ou mises en scène conceptuelles. Dans le secteur public, ces usages soulèvent toutefois des enjeux particuliers : les organismes publics sont investis d’une mission d’intérêt général et les citoyens leur accordent une confiance institutionnelle qui impose des exigences de transparence plus élevées que dans le secteur privé. Un article récent de La Presse met en lumière certaines dérives observées au Québec, malgré l’existence de directives gouvernementales claires encadrant l’utilisation de l’IA. [lapresse.ca]
Cet article nous fait un rappel important : l’innovation technologique ne peut se faire au détriment de l’éthique et de la crédibilité des institutions publiques.
Quand l’IA s’invite dans les images… sans être nommée
Dans son enquête publiée le 13 février 2026, La Presse révèle que plusieurs organismes publics québécois ont utilisé des images générées par l’intelligence artificielle pour illustrer leurs publications sur les réseaux sociaux, sans en indiquer la provenance. À l’aide d’outils de détection spécialisés, le média a identifié une vingtaine d’images générées par IA provenant notamment du ministère de la Sécurité publique, d’Urgences‑santé, de la SAQ et de certaines municipalités et MRC. [lapresse.ca]
Ces images, bien que visuellement crédibles, représentaient des scènes réalistes : accidents, situations d’urgence, scènes de la vie quotidienne. Or, rien dans les légendes ou les visuels n’indiquait qu’elles avaient été produites par une IA, créant ainsi une zone grise entre illustration symbolique et représentation factuelle.
Un enjeu central : la confiance du public
Pour plusieurs spécialistes cités par La Presse, cette absence de transparence comporte des risques réels : elle mine la confiance du public envers les institutions et fragilise leur crédibilité. Lorsque des organismes publics publient des images qui semblent documenter la réalité, le public est en droit de s’attendre à ce qu’elles reflètent des situations réelles ou, à tout le moins, à ce que leur nature artificielle soit clairement indiquée. [lapresse.ca]
Dans un contexte où la désinformation et les contenus synthétiques se multiplient, la clarté sur l’origine des contenus devient un impératif démocratique, particulièrement pour les organisations investies d’une mission d’intérêt public.
Des directives gouvernementales pourtant explicites
Ce qui rend la situation d’autant plus préoccupante, c’est que le gouvernement du Québec s’est doté, dès 2024, de lignes directrices pour une utilisation responsable, transparente et éthique de l’intelligence artificielle, mises à jour en décembre 2025 par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN). [quebec.ca], [cdn-conten….quebec.ca]
Ces documents, dont l’Énoncé de principes pour une utilisation responsable de l’IA par les organismes publics et l’Indication d’application, s’appliquent à l’ensemble des organismes publics, notamment les ministères, les établissements de santé, les universités et les sociétés d’État.
Parmi les principes centraux, on retrouve notamment :
- l’obligation de transparence envers la population ;
- l’utilisation de l’IA uniquement lorsqu’elle est pertinente et justifiée ;
- la protection des renseignements personnels ;
- la gestion rigoureuse des risques et des biais ;
- la responsabilité organisationnelle quant aux usages déployés.
[quebec.ca], [ecolebranchee.com]
La transparence : une obligation, pas une option
Les directives du MCN sont sans équivoque : lorsqu’un contenu est généré ou assisté par l’IA, cela doit être clairement indiqué. Cette exigence vise à préserver la confiance du public, mais aussi à éviter toute confusion quant à la nature des informations diffusées.
Dans le cas des images, cette transparence peut prendre différentes formes :
- mention explicite dans la légende (« Image générée par l’IA ») ;
- ajout d’un pictogramme ou d’une signature visuelle normalisée ;
- note contextuelle lorsque l’image illustre un concept plutôt qu’un événement réel.
L’objectif n’est pas d’interdire l’usage de l’IA, mais bien de l’inscrire dans une démarche honnête et compréhensible pour les citoyennes et citoyens.
Simuler la réalité, avec prudence
Les lignes directrices gouvernementales insistent également sur la pertinence des cas d’usage. L’IA ne doit pas être utilisée simplement parce qu’elle est disponible, mais parce qu’elle apporte un apport réel, par exemple en améliorant l’efficacité, la clarté ou l’accessibilité des communications. [ecolebranchee.com]
Dans le cas des images, cela implique de s’interroger :
- L’image générée pourrait-elle être interprétée comme un fait réel ?
- Représente‑t‑elle une situation sensible (accident, détresse, intervention) ?
- Existe‑t‑il une alternative (illustration graphique, pictogramme, photo libre de droits clairement identifiée) ?
Ces questions relèvent directement de la gestion des risques, un élément fondamental du cadre de gouvernance de l’IA dans l’administration publique québécoise. [cdn-conten….quebec.ca]
Une responsabilité organisationnelle et collective
Un autre élément clé des directives du MCN concerne la responsabilité organisationnelle. L’utilisation de l’IA ne relève pas uniquement des équipes de communication ou des personnes créatrices de contenu : elle doit être soutenue par une gouvernance claire, des politiques internes, de la formation et des mécanismes de validation.
Autrement dit, l’erreur n’est pas seulement individuelle, elle est souvent systémique. L’absence d’indication sur les images générées par IA révèle parfois un manque de lignes directrices internes, de sensibilisation ou d’outils communs au sein des organisations publiques.
Une occasion de mieux encadrer les pratiques ?
L’épisode mis en lumière par La Presse ne doit pas être perçu uniquement comme une faute ou un scandale, mais aussi comme une occasion collective de mieux encadrer ces pratiques. Le gouvernement du Québec s’est doté d’un cadre solide, reconnu comme aligné sur les meilleures pratiques internationales du secteur public. [lapresse.ca]
Encore faut‑il que ce cadre soit compris et appliqué sur le terrain, jusque dans les gestes les plus quotidiens : une présentation interne, une publication Facebook, une image Instagram, un visuel promotionnel.
Conclusion : innover sans perdre le lien de confiance
L’intelligence artificielle générative offre des possibilités réelles pour moderniser les communications publiques. Mais dans un contexte institutionnel, la crédibilité est un capital fragile. Chaque image, chaque mot, chaque choix technologique contribue à façonner la relation de confiance entre l’État et la population.
Comme le rappellent les directives du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, l’IA doit rester un outil au service de l’intérêt public, jamais un raccourci au détriment de la transparence. [cdn-conten….quebec.ca]
Il convient également de reconnaître que le recours à l’IA générative pour produire des visuels a des répercussions concrètes sur les professionnels de l’image, photographes, illustrateurs, graphistes, dont les mandats se raréfient. Une utilisation réfléchie de l’IA implique aussi de s’interroger sur la place que l’on réserve à l’expertise humaine et à la création locale.
À l’ère des contenus synthétiques, dire que l’on utilise l’IA n’est pas une faiblesse. C’est, au contraire, un geste de responsabilité et de respect envers le public.
Exemple de mention à intégrer à vos documents utilisant de l’IA générative
Image : « Cette image a été générée à l’aide de l’intelligence artificielle à des fins d’illustration. »
Texte : « Ce contenu a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle et révisé par notre équipe. »
Présentation ou rapport : « Certains éléments de ce document (textes, visuels) ont été produits ou assistés par l’intelligence artificielle. »
Publication sur les réseaux sociaux : « Image générée par IA. »
Vidéo ou contenu multimédia : « Ce contenu inclut des éléments générés par intelligence artificielle. »
Ce contenu a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle et révisé par notre équipe.








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